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  • Mathilde ROUX

Outre-Terre, de Jean-Paul Kauffmann

Mis à jour : 26 nov 2018


Il y avait longtemps pas vrai ? Un peu plus d'un mois... En même temps je vous avais prévenus. C'était quoi le titre de mon dernier article ? Avant de sombrer. Je pouvais pas être plus claire. Aujourd'hui, je reviens parmi vous, telle une morte vivante à l'occasion d'Halloween.


Le livre dont je viens vous parler ici a agi sur moi comme un shoot. De vodka. Russe.


Celui-là de livre pourtant, je n'avais pas envie de le lire. Le titre incompréhensible, la couverture itou, l'auteur inconnu de moi et le sujet me semblait trop complexe pour ne pas m'y atteler à temps plein. Or, je gagne ma vie en étant serveuse. Et les clients, Napoléon, ils s'en moquent. Comme vous, ne mentez pas.


Précisément, ce libre parle de la bataille d'Eylau. 1807, Napoléon en Russie. (Soit dit en passant, il aurait pas dû. Touche pas à mon Russe.). Aussi du colonel Chabert, le chef d'oeuvre minuscule de Chabert (130 pages écrites très gros chez Folio), celui qui décrit la plus grosse pou-fe (j'ai enlevé une lettre pour pas que ça fasse vulgaire) de la Littérature française, la comtesse Ferraud, qu'elle crève en enfer (...ziva !). Quelques paragraphes nous racontent aussi Kant, le philosophe qui vivait comme un moine (UN détour dans sa vie. Un seul. Pour acheter le journal qui annonçait les prémices de la Révolution en France) histoire de mieux se consacrer à la pensée universelle. Il a réussi le bougre. "Kant c'est la vie !" comme disait mon prof de philo. J'ai oublié le reste.


Bref. Outre-terre : sujets et packaging a priori lourdingues, même si j'aime beaucoup lire sur Napoléon. Comme sur Eva Braun d'ailleurs.

Mais là, j'ai eu un an de doutes. Ce livre et moi on se regardait en chiens de faïence.


Mais alors pourquoi lui me direz-vous ? Tu pouvais pas en acheter un autre ?

Non. Outre-Terre est un cadeau de Jeanne, mon amie du Sud Ouest qui fait toujours des cadeaux étonnants et géniaux. Grâce à elle je suis notamment devenue accro aux jeux de société et je l'en remercie. L'alcool, ça va deux secondes.

Depuis quelques années, Jeanne est tombée amoureuse de la librairie de Léguevin (oui, il n'y en a qu'une. Et c'est déjà pas mal. Vous connaissez Léguevin ?...). Surtout amoureuse des conseils de sa libraire qui lit tout ce qui lui passe par les mains et place des coeurs sur ses préférences (une planquée. A mon avis, LE taf ultime. J'y arriverai un jour.).

Je me suis rendue en pèlerinage dans cette librairie. Je devais échanger l'affaire Harry Québert, autre cadeau de Jeanne, mais que j'avais déjà lu (grâce à ma cousine Anne-Laure, dont je vous parlerai dans un prochain post sur les fiches de paye). Je me suis rendue à l'évidence dès que j'ai poussé la porte : j'étais au Paradis. J'ai cherché dans tous les coins: pas un seul Musso les amis !


Du coup, je me suis dit que ce livre a priori soporifique était un cadeau de Dieu lui-même, de passage dans le Sud-ouest pour l'occase (il passe moins dans le Sud Est. Jésus Christ est à gauche, quoi qu'on en dise). Il y a trois jours, je me suis donc attelée à la bête.


Et là: Révélation. Un livre inexplicable sur l'homme face à la guerre, à son destin, à l'Histoire. Ecrit par un journaliste ayant passé 3 ans en otage au Liban, loin de sa femme et de ses fils, "un homme qui exulte d'être vivant" et qui, depuis son retour de l'Enfer, "aime aller voir quand il n'y a rien à voir". Un Fasciné du rien. Et en l'occurence de la plaine d'Eylau. Eylau, cette bataille napoléonienne ultra meurtrière dont le site se trouve dans une enclave russe, l'oblast de Kaliningrad, l'"outre-terre" coincée entre la Lituanie et la Pologne, comme dans un pays qui n'existerait pas pour nous, les vivants. "Un royaume oublié", "une terre qui ne sourit jamais". JP Kauffman décide de s'y rendre en famille pour fêter les 200 ans de la bataille. Un 8 février. En Russie. Youpi.


Mais sa famille l'aime. Mais sa famille l'observe, le suit et n'en finit pas de retrouver son survivant. Et comme tous les passionnés, il se montre passionnant. Et émouvant. Comme le Colonel Chabert bien sûr, ce héros balzacien qui revient d'Eylau alors que tout le monde, et surtout sa femme (la sal-pe !), se réjouissait plus ou moins de sa mort. C'est ballot. Il a fallu qu'il en réchappe, se déterrant lui-même grâce au bras arraché à un cadavre. Un vrai héros d'Halloween. On n'y pense pas assez le dimanche.


Lorsque l'on a fini ce livre, on se sent plein de cette histoire d'hommes, ce "bétail de l'éternité" que quelque part nous sommes tous, au milieu de nos propres guerres, auxquelles on doit échapper, de même qu'à notre passé. De quelle façon ? Comme chacun peut. Comme l'écrivait Balzac: "tout se plaide" mais "il est des félicités auxquelles on ne croit plus; elles arrivent, c'est la foudre, elles consument."


La vie, comme une étoile.









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