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  • Mathilde ROUX

Camus, l'écriture de l'homme


Vous allez rire. Je n'ai pas lu la Peste. J'attendais le coronavirus.


Non, je fais cette remarque en passant parce que la Peste fait son grand retour. Un peu comme Paris est une fête en 2015. Dans la série oeuvres assorties au coronavirus, j'ai lu le journal d'Anne Frank, le Fléau et visionné Chernobyl. Il doit y en avoir d'autres mais ce sont les premières qui me viennent à l'esprit et que je recommande.


Cela dit, lorsque j'ai décidé de publier un quizz de citations pour relancer (et occuper) mes amitiés virtuelles, j'ai immédiatement pensé à ma citation coup de foudre, la tarte à la crème des citations et (hasard rigolo, comme souvent) à la première phrase de Camus que j'ai lue dans ma vie : "Aujourd'hui maman est morte". Également la première phrase du roman de Camus, l'Étranger. "Mais tu sais que je t'aime toi !" ai-je alors crié dans le CDI de mon lycée, m'attirant les foudres de... personne (tout le monde suivait les cours de sport, j'étais dispensée).

Du coup, les premières phrases de Refrain (mon premier roman que vous n'avez pas manqué de lire dès les premières vingt-quatre heures de votre confinement) sont un hommage direct à ce coup de foudre. "Camille était morte. Parce que moi, sa mère, je l'avais tuée." Pour toi Albert.


P.S.: promis, je n'utiliserai plus le mot "premier".


Mais finalement, j'ai pensé que ce quizz serait trop facile. Alors, petite futée, j'ai imaginé de  retranscrire les dernières (héhé...) phrases du roman: "pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine."

J'adore.

Mais c'est pas joyeux joyeux. Et le but de mes publications n'est pas d'ajouter une vague de suicides (carrément, j'y crois) au flot des victimes du corona (sans citron vert).


Je me suis donc souvenue de ce qui me manquerait dans quelques jours (là ça fait deux jours, le confinement est mon ami, soyons clairs): les calanques et mes collines arides avec leur bruit de pierres dégringolantes et leur odeur terrible (c'est terrible l'odeur de la Provence). À mon humble avis, il n'y a qu'un livre pour décrire la soif des sens et surtout son assouvissement qui va nous faire cruellement défaut : Noces, un hommage fulgurant à l'union païenne entre l'homme et la nature. Païenne parce que jamais Dieu n'intervient. "Non qu'il faille faire la bête, mais je ne trouve pas de sens au bonheur des anges". Tellement sexy.


Oui, parce que Camus est sexy. J'en parlais encore avec Fred (Beigbeder) hier soir durant notre apéro FaceTime. Il s'excusait de ne pas être Albert. Je l'ai pardonné (il pleurait tellement le pauvre), lui recommandant dans le même temps d'arrêter de boire son gel hydroalcoolique (qui est l'ami de l'homme, certes, mais moins que le whisky je le rappelle).

Sexy Albert donc, parce que direct : "je n'ai pas trouvé ma place. Alors je suis parti." (l'Exil et le royaume), sensuel: "j'étais fait pour avoir un corps", "nul n'est hypocrite dans ses plaisirs" (la Chute) et écrivant l'homme comme personne "s'il y a un péché contre la vie, ce n'est peut-être pas tant d'en désespérer que d'espérer une autre vie, et se dérober à l'implacable grandeur de celle-ci. Ces hommes n'ont pas triché (...) Car l'espoir, au contraire de ce qu'on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c'est ne pas se résigner." (Noces encore)


Aujourd'hui la mort rôde, elle nous regarde et nous avons peur. Ce n'est pas toujours beau l'homme mais n'oublions pas l'essentiel: c'est vivant.


Bon courage les amis et bonnes lectures camuséennes !






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